REGARDS
J'avance, mais un poids lourd me retient.
Tous ces regards.
L'impression d'avoir une caméra braquée sur moi en tout temps.
Sortir le nez dehors devient une performance.
Essayer de me concentrer sur moi, de vivre selon mes propres couleurs.
Me dire que je suis libre, me le rappeler, me l'écrire sur des post-it.
Mais c'est si facile à dire, à écrire.
Le vivre? Une toute autre histoire.
Nous sommes continuellement rivés vers le bas, vers nos cellulaires.
Un appareil censé nous rapprocher, mais qui a creusé la distance.
Qui nous a rendus invisibles, même en pleine lumière.
Les douleurs du passé seront toujours présentes.
Elles font partie de mon histoire.
Mais avancer, c'est regarder vers l'avant, pas rester figé dans ce qui fut.
Oui, j'ai peur d'avancer.
Peur de décevoir, peur de ne pas être suffisant.
Mais j'essaie.
Très fort.
J'ai tant évolué, surtout intérieurement.
J'ai compris qu'il faut cesser de chercher ma propre valeur dans le regard des autres.
Cesser de me définir par ce qu'ils voient ou ne voient pas.
Le mot "regard" prend alors tout son sens.
Tout dépend de qui regarde.
Est-ce un regard qui s'intéresse vraiment à toi, à ce que tu vis, à ce que tu ressens?
Ou plutôt un regard de plus dans la foule, distrait, de passage?
Tant de gens passent leur vie à te faire des promesses, de belles paroles en l'air.
Puis fuient quand tu es au plus bas, quand tu as vraiment besoin d'eux.
Alors on garde cette habitude, cette cage invisible: toujours essayer de plaire.
D'être vu, mais jamais vraiment.
De performer notre existence au lieu de simplement l'habiter.
Mais aujourd'hui, je choisis de sortir de cette cage.
De danser sous la pluie même sans parapluie.
D'exister sans me prouver.
Charly

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